Quand le sens est clair, les mots viennent.

Il y a longtemps déjà, à une période de ma vie où certains apprentissages demandaient surtout de bien comprendre ce qui était posé, mon père me répétait souvent la même chose :

« Un principe bien compris s’énonce simplement.
Et les mots pour le dire viennent aisément. »

Sur le moment, cette phrase m’a surtout aidé à avancer. À débloquer des situations. À ne pas me perdre dans des raisonnements compliqués quand quelque chose, au fond, n’était pas encore clair.

Puis le temps a fait son travail.

Quand la phrase dépasse le cadre de l’apprentissage

Des années plus tard, j’ai commencé à reconnaître cette phrase ailleurs que dans les cahiers et les cours.

Dans des conversations. Dans des présentations de projets. Dans des échanges professionnels.

Tu connais peut-être cette scène.

Tu es dans un espace de rencontre. Quelqu’un te parle longuement de ce qu’il fait. Tu écoutes attentivement. Tu hoches la tête.

Puis, plus tard dans la soirée, une autre personne te demande :

« Au fait, que fait cette personne ? »

Et là, tu hésites. Tu cherches tes mots. Et tu finis par répondre, honnêtement :

« Je ne sais pas… je n’ai pas bien compris. »

Ce n’est pas un manque d’intelligence. Ce n’est pas un manque d’attention. C’est rarement un manque de compétence. C’est presque toujours un manque de sens posé.

Complexe, sensible… ou encore en gestation

Parfois, le sujet est complexe. Il touche à plusieurs domaines à la fois. Il ne se laisse pas réduire à une formule simple.

Parfois, il est sensible. Il engage des valeurs, une vision du monde, une responsabilité. On n’ose pas le dire trop vite, de peur de le trahir.

Parfois encore, le projet est en train de naître. Il est juste, mais pas encore formulé. Il existe intérieurement avant d’exister dans les mots.

Dans tous ces cas-là, les phrases s’allongent. Les explications se multiplient. Les mots cherchent leur place.

Et ce n’est pas un défaut.

C’est souvent le signe qu’un principe central n’a pas encore été pleinement rencontré.

Le malentendu de notre époque

Aujourd’hui, on croit souvent que le problème vient :

  • d’un manque de vocabulaire,

  • d’un manque de technique,

  • d’un manque de structure.

Alors on ajoute des mots. On affine des discours. On complexifie encore.

Mais l’expérience montre autre chose :

👉 Quand le sens n’est pas clair, les mots se multiplient.
Quand le sens est clair, ils se posent d’eux-mêmes.

La simplicité n’est pas un appauvrissement.
C’est une conséquence.

Une phrase qui continue de travailler

La phrase de mon père n’était pas une méthode. C’était une boussole.

Elle ne disait pas comment parler, elle rappelait d’où les mots viennent.

Aujourd’hui encore, je la vois à l’œuvre, dans des projets, des récits, des trajectoires professionnelles.

Et c’est à cet endroit précis que mon travail commence.

Non pas en cherchant de meilleurs mots, mais en aidant à poser le sens à partir duquel les mots deviennent enfin évidents.

Pour finir

Si, parfois, tu as l’impression de parler longtemps sans réussir à être vraiment compris, peut-être que le problème n’est pas ce que tu dis.

Peut-être que le principe central n’a simplement pas encore trouvé sa place.

Et quand il la trouvera, les mots viendront.

Naturellement.

Si ces questions de sens et de formulation vous intéressent, je partage régulièrement des réflexions autour du story design dans une newsletter discrète et sans rythme imposé.

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Miny Bayot

Auteure – Story Designer Architecte

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Nos mots et leur cadre narratif.